L’organisation National Partnership of Children and Youth in Peacebuilding (NPCYP) a officiellement lancé, ce jeudi 10 septembre 2026, dans la salle polyvalente de la Société Civile de Beni, les activités de son projet de Renforcement de la Paix et de la Cohésion Sociale dans les communes de Beu et Bungulu (PROPAIX III). Financé par la GIZ, ce projet vise à appuyer la riposte contre la 17ème épidémie de maladie à virus Ebola en renforçant la confiance communautaire, en gérant les conflits liés à l’épidémie et en mobilisant les structures locales de paix. L’atelier de lancement a réuni autorités locales de la Division Provinciale de la Santé (DPS) et du Bureau Central de la Zone de santé (BCZ), membres des Comités Locaux de Paix et de Quartier de Paix et de Développement (CLPD, CPDQ), de la Cellule Provinciale d’Appui à la Pacification (CPAP), ainsi que des agents sanitaires, leaders religieux et d’autres partenaires locaux.

Quatre piliers pour structurer la réponse
C’est le Chef de Projet, Monsieur Achille RUTEBUKA, qui a présenté aux participants l’approche stratégique retenue par NPCYP pour contribuer à la riposte. Il a détaillé les axes d’intervention du projet, les résultats attendus et les catégories de bénéficiaires ciblés, avant d’ouvrir un espace de questions-réponses avec l’assistance.
Le projet, a-t-il présenté, s’articule autour de quatre piliers complémentaires.
Renforcement des capacités et mobilisation communautaire. NPCYP formera des membres des Structures Locales de Paix et de Développement (SLPD), et des agents de santé de la DPS et du BCZ, en Communication sur les Risques et Engagement Communautaire (CREC/RCCE). Ces acteurs communautaires formés déploieront ensuite des séances de dialogue communautaire dans huit aires de santé ciblées, animées par des binômes mixtes membres des SLPD, pour écouter les préoccupations de la population, déconstruire les rumeurs et orienter les personnes présentant des signes suspects vers les structures de soins.
Gestion des conflits liés à la riposte. Dans un contexte où la gestion de l’épidémie alimente parfois des tensions communautaires, NPCYP identifiera et documentera les conflits liés à la riposte dans les huit aires de santé, avant de conduire des processus de médiation formelle sur les cas les plus sensibles, en appui à la Cellule Provinciale d’Appui à la Pacification (CPAP).
Renforcement de la résilience post-Ebola. Des sessions d’inclusion sociale seront organisées pour accompagner les survivants et prévenir leur stigmatisation, aux côtés d’une distribution équitable de kits de prévention et d’hygiène (PCI/WASH) dans les huit aires de santé, conformément aux standards de l’OMS.
Amplification médiatique. En partenariat avec des radios communautaires, des spots de sensibilisation et des émissions interactives seront diffusés, complétés par des affiches, dépliants et banderoles déployés dans l’ensemble des aires de santé, pour toucher les communautés au-delà du contact direct.
« Nous fondons beaucoup d’espoir sur ce projet »
« En tant que membre du Comité Local de Paix et de Développement, nous accueillons favorablement ce projet. La situation actuelle montre que la réponse à Ebola ne peut pas être uniquement sanitaire. Il faut aussi travailler sur la confiance, l’information et le dialogue avec les communautés. Nous attendons beaucoup de PROPAIX III pour renforcer notre capacité à accompagner les communautés et à contribuer à la riposte. »
— Membre du CLPD, participant au lancement de PROPAIX III
« Les structures communautaires doivent être davantage impliquées »
« Nous saluons l’initiative de NPCYP parce qu’elle donne une place aux mécanismes locaux de paix dans la riposte. Nous sommes proches des communautés et nous pouvons contribuer à faire circuler les bonnes informations, à identifier les inquiétudes et à prévenir les tensions. Nous espérons que PROPAIX III nous donnera davantage de moyens et de capacités pour jouer pleinement ce rôle. »
— Membre du CPDQ, participant au lancement de PROPAIX III
« Il faut transformer cette collaboration en actions concrètes »
« Ce lancement est important parce qu’il permet aux différents acteurs de se retrouver autour d’un même objectif. Nous avons besoin d’une bonne collaboration entre les services de santé, les autorités et les structures communautaires. Notre souhait est que les engagements pris aujourd’hui se traduisent rapidement par des actions concrètes sur le terrain, particulièrement dans les aires de santé ciblées. »
— Membre du CPDQ, participant au lancement de PROPAIX III
Un contexte épidémiologique qui justifie une réponse multisectorielle
Ce lancement intervient alors que la République Démocratique du Congo fait face, depuis mai 2026, à sa 17ème épidémie de maladie à virus Ebola, la plus importante jamais documentée pour la souche Bundibugyo. La zone de santé de Beni, particulièrement touchée, figure parmi les plus affectées de la riposte en cours, dans un contexte marqué par la circulation de rumeurs, une méfiance communautaire envers les équipes sanitaires et des tensions intracommunautaires autour de la gestion de l’épidémie.
Intervenant au nom de la zone de santé, M. Philémon Kambale, président de la CREC au niveau des zones de santé, a dressé un état des lieux de la situation à Beni, faisant état d’environ 200 cas confirmés et et environ 160 cas de décès. Il a souligné l’importance particulière de la CREC dans ce contexte, les centres de santé étant aujourd’hui moins fréquentés par la population par peur de la maladie. Parmi les aires les plus touchées, il a cité en premier lieu Mangote, suivie de BUTSILI, KANZULI NZULI et RWANGOMA. Il a par ailleurs relevé que certains cas confirmés étaient associés aux structures de soins elles-mêmes, ce qui rend d’autant plus cruciale la formation du personnel de santé. Il a appelé les différents acteurs à conjuguer leurs efforts et à parler d’un même langage pour atteindre les objectifs fixés, tout en signalant certaines difficultés persistantes : l’insuffisance de thermoflash disponibles et le besoin de renforcer la formation des agents chargés du suivi des contacts.
En réponse à une question du Chef de Projet, Achille RUTEBUKA, sur les besoins nécessaires à un suivi efficace des contacts, plusieurs participants ont pris la parole. Certains ont insisté sur la nécessité de sessions de renforcement des capacités dédiées au suivi des contacts, tandis que d’autres ont souligné les difficultés de mobilité des équipes sur le terrain et le besoin d’un appui en la matière. L’importance de disposer de moyens de communication et d’alerte fiables, permettant une remontée rapide des informations, a également été évoquée de même que la nécessité de disposer de thermoflash en quantité suffisante.
Les échanges ont aussi porté sur la prise en charge des personnes placées en suivi de contact : plusieurs participants ont estimé nécessaire de répondre à leurs besoins primaires, notamment alimentaires, pour leur permettre de respecter la période de suivi de 21 jours dans de bonnes conditions. La question de l’enterrement digne a également été soulevée, un participant proposant qu’au moins 12 personnes soient formées à ces procédures dans chaque aire de santé. Une participante a, pour sa part, insisté sur l’implication des chefs de base, notamment les chefs de dix maisons, pour faciliter la mobilisation communautaire. Enfin, plusieurs interventions ont pointé des retards dans la communication des résultats de tests, ceux-ci parvenant parfois aux familles après que l’enterrement a déjà eu lieu.
Le NPCYP remercie l’ensemble des parties prenantes présentes pour leur mobilisation, ainsi que la GIZ pour son soutien continu à cette initiative en faveur de la paix, de la cohésion sociale et de la santé communautaire dans les communes de Beu et Bungulu.
Communication NPCYP