À Goma, 15 jeunes formés pour désamorcer les rumeurs et protéger la paix numérique
Dans l’est de la République Démocratique du Congo, l’insécurité ne se mesure pas seulement en violences physiques. À Goma, elle se propage aussi par écrans interposés : notes vocales WhatsApp annonçant une attaque imminente, rumeurs de bouclage de quartier, fausses alertes qui devancent les canaux officiels. Ces flux d’information, souvent incontrôlables, provoquent une détresse réelle et des conséquences concrètes — fermeture soudaine des marchés, paralysie des transports, panique dans les écoles.
Face à ce constat, le projet When Rumours Become Security: Youth Digital Peacewatch Network and Urban Conflict Prevention in Eastern DRC, porté par Hafssa Kouskous et mis en œuvre par NPCYP, a choisi une voie différente de la répression ou de la simple correction factuelle : la réduction des risques, portée par les jeunes eux-mêmes.
Deux jours pour ancrer une nouvelle doctrine
Les 5 et 6 août 2026, l’Hôtel Linda à Goma a accueilli l’étape charnière de ce projet pilote de huit semaines : la formation des premiers Digital Peacewatchers de la ville. Le lieu a été choisi pour sa neutralité, son accessibilité pour les personnes en situation de handicap, et ses infrastructures permettant une retransmission fluide des sessions à distance.
Quinze jeunes issus de la coalition Jeunes, Paix et Sécurité (JPS) Nord-Kivu et du réseau NPCYP ont suivi un programme intensif combinant apports théoriques, ateliers pratiques et accompagnement psychologique. L’objectif n’était pas de transformer ces jeunes en enquêteurs ou en modérateurs, mais de leur apprendre un rôle précis et exigeant : rassurer, sans corriger, contrôler ni surveiller.
Concrètement, la formation a couvert le protocole des Peacewatchers dans son ensemble : l’identification des typologies de rumeurs et de messages de panique circulant dans les espaces numériques, les mécanismes de triangulation avec les intermédiaires de confiance du quartier — motards, vendeuses de marché, leaders communautaires — sans s’exposer soi-même, et la rédaction de messages de réassurance neutres et apolitiques, en français comme en swahili.
Une coopération à distance, un ancrage local
La formation a reposé sur un dispositif hybride. Le cadrage stratégique et la présentation des modules doctrinaux ont été assurés en ligne depuis Genève par l’équipe de Hafssa Kouskous, Lead du projet. Sur le terrain à Goma, Jospin Amani et Steven Malaki, de NPCYP, ont appuyé cette équipe en assurant la coordination logistique et technique nécessaire au bon déroulement de cette session en distanciel — un exercice qui a exigé une synchronisation fine entre les deux rives.
Une cohorte pensée pour représenter Goma
Le choix d’une cohorte restreinte de 15 jeunes visait la qualité du suivi plutôt que la quantité. Avec 9 filles et 6 garçons, et une inclusion effective de personnes vivant avec un handicap ainsi que de personnes issues des communautés autochtones, cette première promotion reflète la diversité du tissu social de Goma — une condition jugée essentielle pour que les messages de réassurance portés par ces jeunes soient perçus comme crédibles et légitimes par l’ensemble de la population.
Et après ?
Formés à la détection précoce et à la réassurance plutôt qu’à la confrontation, ces 15 Digital Peacewatchers constituent désormais un premier maillon d’un véritable pare-feu communautaire contre l’escalade des rumeurs. L’enjeu des prochaines semaines : que ce réseau, encore jeune, essaime au-delà de cette première cohorte pour protéger le quotidien de Goma, un message à la fois.